La saga des prives

Le mois dernier, nous commencions notre dossier sur le film policier par le polar français. Voici la deuxième et dernière partie (le film noir américain) sur un genre qui ne cesse de faire recette et dans le cinéma et dans la vidéo.

Tout comme les hamburgers, il n’est de bon polar qu’américain ! Si, comme nous l’avons vu dans notre précédent numéro, les jeunes réalisateurs français tournent de plus en plus de films policiers, c’est pour une bonne part à cause de la prédominance de la mode rétro qui s’inspire directement des années cinquante. Nous ne jurons que par les impers avachis, les feutres mous, les pubs hyperréalistes, les néons aux couleurs vives et les vieux airs des «big band» de jazz. Question d’ambiance ! Nos années difficiles nous rappellent celles de la Dépression américaine, du temps où Raymond Chandler abandonnait son poste de directeur de compagnie pétrolière pour se consacrer à l’écriture de son premier roman. Avec quelques décennies de retard (mais chez nous c’est une véritable manie !) nous comprenons aujourd’hui l’importance du film policier auprès du public et nous renouons ainsi avec la grande époque du polar américain, quitte, parfois, à la piller ! Mais les classiques qui ont fait de Bogart un véritable mythe resteront toujours ce qu’ils sont. C’est-à-dire inimitables ! Il y a dans ces œuvres l’empreinte de «l’American touch», ce style et ces ambiances bien particulières qui ont donné au polar ses lettres de noblesse. Jamais la comparaison ne pourra tenir entre le pire film d’Howard Hawks (s’il en existe un !) et le meilleur de José Giovanni. C’est comme ça ! Il faut bien l’admettre, comme l’a déclaré Claude Klotz (l’un de nos meilleurs auteurs de romans policiers) : «C’est vrai que les Américains ont inventé le film policier… et même en couleur, leur nuit américaine reste la plus noire de toutes !» Pour sacrifier à un mauvais jeu de mots, il est difficile de faire la lumière sur les origines du film noir. Plusieurs thèses et plusieurs courants se distinguent. Hitchcock qui, entre autres talents, possédait celui d’énoncer des formules définitives, écrivit un jour : «Des hommes et des femmes bavardent en dînant autour d’une table, au bout d’un quart d’heure une bombe explose. L’une des rescapées enquête et explique le drame : c’est du policier ! Des hommes et des femmes bavardent en dînant autour d’une table, mais les spectateurs ont vu l’anarchiste placer et amorcer la bombe : c’est du suspense !» En quelques mots le distingo est fait entre les deux grandes options sur lesquelles se sont bâtis de nombreux films : le policier à l’état pur, du style «Crime de l’Orient Express» et le criminel à suspense comme «Les dix petits nègres» ou «Noblesse oblige». Encore faudrait-il ajouter une subdivision, le film de gangster historique tel que «Bonny and Clyde» ou «Scarface». On le voit, ce genre cinématographique est l’un des plus riches qui soit. Et les cinéastes américains, par leur savoir-faire, ont réussi à le sublimer, à le faire sortir de la série B dans laquelle on l’a trop longtemps enfermé. La nostalgie aidant, les grands moments du cinéma noir ont accès aujourd’hui au rayon des chefs-d’œuvre. Le crime continue de payer ! «Il y a quelque chose de pourri au cœur de notre système». Cette petite phrase du réalisateur Cecil B. de Mille décrit parfaitement le décor dans lequel le film noir prit naissance. Période de crise économique, époque d’entre-deux-guerres et de prohibition, les années vingt étaient des années troubles. C’est dans ce contexte qu’apparurent les premiers polars directement inspirés d’épisodes réels de la guerre des gangs ou de faits divers crapuleux. Le public retrouvait ainsi sur l’écran ses angoisses et ses peurs quotidiennes. Premier en date des films de gangsters «Les nuits de Chicago» de Josef Von Sternberg (1927). Pour de nombreux spécialistes, bien que cette œuvre soit muette, c’est la première du genre. Pour mieux expliquer la réelle influence de son film sur le public, Sternberg racontait qu’une salle le projetant fut contrainte de rester ouverte toute une nuit, les spectateurs n’arrivant pas à s’arracher de son ambiance bien particulière. Autre grand moment de cette période (1930), le film de Howard Hawks, «Scarface». Passé à la postérité grâce à la célèbre balafre arborée par Paul Muni dans le rôle d’Al Capone, « Scarface» est le prototype même du thriller. On y retrouve tous les thèmes qui feront plus tard la gloire du polar : l’amour, le jeu, la vengeance, l’amitié virile. Considérée par certains critiques comme une apologie de la violence ou du racisme, l’œuvre de Hawks est avant tout une implacable machine à suspense. «Je voulais, disait-il, décrire la famille Capone comme s’il s’agissait des Borgia venus à Chicago». C’est également au début des années trente que deux grands héros du polar apparurent : Edward G. Robinson, rendu célèbre pour son apparition dans «Little Caesar» de Mervyn le Roy et James Cagney pour son rôle dans «L’ennemi public» de William Wellman. Ces deux figures furent les premières du genre à s’assurer la fidélité des spectateurs. Deux «gueules» qui ont toujours fait défaut au cinéma français pour obtenir le même succès. A propos de son physique et de son jeu parfois un peu trop appuyé, Edward G. Robinson déclarait : «On m’a si souvent imité et de façon si excessive, que lorsque je dois jouer le genre de personnage qui m’a rendu célèbre, je dois le faire avec exagération si je ne veux pas rester en deca de mes imitateurs». C’est vraiment l’un des principaux attraits que les Américains ont conféré à ce genre de cinéma en typant leurs personnages jusqu’aux limites de la crédibilité. Un flic avait la tête d’un honnête homme et un gangster devait, évidemment, inspirer la peur. Mais ce classement simpliste n’aura pas la vie très longue. L’arrivée d’un nouvel acteur allait tout remettre en question. En 1931, alors qu’il n’a tourné que trois films, Humphrey Bogart incarne déjà un rôle de méchant dans «Bad sister» de Hobart Henley. Sa partenaire est une jeune débutante : Bette Davis. Mais il faudra attendre 1936 et le film de William Keighley, «Guerre au crime» (Bullets or ballots) pour que Bogart incarne son premier grand rôle de gangster face à Edward G. Robinson. Ainsi, pendant vingt ans, Bogie sera l’acteur favori des réalisateurs de polars. A travers sa filmographie, c’est tout le genre qui défile devant nous. Des «Anges aux figures sales» de Michael Curtiz, à «Bas les masques» de Richard Brooks .en passant par «Le faucon maltais», «Le port de l’angoisse», «Le grand sommeil» et l’inévitable «Casablanca», la seule vision de ces œuvres suffirait à écrire toute l’histoire du film policier. Jamais un acteur n’aura autant marqué un genre. Avec sa gueule de solitaire désabusé, sous les traits de Sam Spade ou de Phil Marlowe, il a sur rendre crédible et attachant le personnage du privé jusqu’alors inexploité dans les policiers. Associé tout au long de sa carrière à des partenaires de talent (Laurent Bacall, Peter Lorre, Georges Raft, Ingrid Bergman, Barbara Stanwick, Katherine Hepburn), à des metteurs en scène prestigieux (John Huston, Howard Hawks, Michael Curtiz, Joseph Manckiewicz, Richard Brooks, Nicholas Ray, Raoul Walsh) et à des auteurs de génie (Chandler, Hammett, Hemingway), Bogart donne l’impression d’avoir tout fait, d’avoir exploité tous les contours et détours de ses personnages, ne laissant en héritage à ses confrères que les miettes de son succès. Il serait tout de même injuste de limiter l’influence du polar aux seules prestations de Bogart. S’il fait encore de l’ombre aujourd’hui sur la carrière de nombreux acteurs, la relève est tout de même assurée. Reconnaissons-lui le grand mérite d’avoir rendu mythiques des films, qui, sans sa présence, n’auraient pas connu la renommée dont ils jouissent aujourd’hui. Au rang des autres immortels du genre policier, il convient donc de citer également Glenn Ford «Règlements de comptes», Richard Widmark («Les forbans de la nuit»), Sterling Hayden («Quand la ville dort»), Robert Montgomery («La dame du lac»), Dick Powell («Adieu ma jolie») et Frank Sinatra («Le détective»). Si Bogart fut un acteur d’exception, Alfred Hitchcock mérite la même distinction pour sa carrière de cinéaste. Rarement un réalisateur aura fait preuve d’autant de constance dans l’exploitation d’un genre. Hitchcock est «Monsieur film noir». D’ailleurs André Labarthe l’a parfaitement .décrit : «C’est le seul, dit-il, qui sache chaque fois nous surprendre puis nous tendre un trousseau de clés avant de les reprendre une à une pour nous laisser devant cette évidence : une porte toujours battante au seuil du mystère».Hitchcock Hitchcock. c’est l’éternel recommencement, mais chaque fois on se laisse prendre aux pièges de ses sataniques démonstrations et de son humour. Car il est sans doute le premier à avoir dédramatisé le polar. Aujourd’hui, la vidéo nous permet de revoir quatre œuvres de jeunesse du grand Maître du suspense : «Les trente-neuf marches», «Jeune et innocent», «La maison du Docteur Edwardes», «Les enchaînés»; profitons alors de ce plaisir rare qui nous est donné de frissonner en gardant un sourire crispé au coin des lèvres ! Rendons aussi hommage à Hitchcock d’avoir cédé dans ses films une large place aux rôles féminins. Longtemps effacée ou réduite aux emplois de faire-valoir du superflic ou du super-bandit, la femme est pourtant un élément déterminant dans le paysage du film policier. Sans elle, c’est une part du courant érotique nécessaire à chaque intrigue qui disparaît. Howard Hawks ne s’y était pas trompé en donnant à Lauren Bacall dans « Le port de l’angoisse » un rôle tout aussi fort que celui interprété par Bogart. Le titre, original était d’ailleurs : «To have and have not» (en avoir ou pas)… cela se passe de commentaires ! Pour les nostalgiques de la grande époque du polar, le charme est à présent un peu rompu. L’arrivée de la couleur a fait perdre de son relief au film noir. De plus, le personnage du privé, qui a beaucoup fait pour le renom du genre, a pratiquement disparu. Très en prise avec la réalité de notre époque, le polar des années soixante-dix a surtout fait la part belle aux flics incorruptibles. Seuls des remakes ou des scénarios rétros («Chinatown » de Polansky, «Adieu ma jolie» de Dick Richards, «Bertha Boxcar» de Scorsese) nous permettent de renouer avec la tradition. Loin de partager cet avis, Alain Corneau pose la question : «Quel est le meilleur hommage que l’on puisse rendre au cinéma noir ? Pour moi, ce n’est certainement pas «Chinatown», mais bien plutôt le «Dirty Harry» de Clint Eastwood. Le cinéma d’avant-garde n’est pas là où certains critiques l’imaginent. La modernité, elle est dans «Charley Varrick»… En effet, Eastwood est devenu le héros invincible de ces dernières années. Le privé nonchalant de l’après-guerre qui prenait encore le temps, pendant ses filatures, de lorgner les jeunes filles a été remplacé par des flics au cœur de béton qui soupçonnent chaque femme de dissimuler une arme entre leurs seins. Pas de sentiments chez ces jeunes loups de la gâchette. Le symbole de la prolongation du sexe par le canon du revolver n’est pas seulement une invention de psychiatre. Eastwood, Bronson et de Niro y sont également pour quelque chose ! Aujourd’hui prétexte à des discours politico-sociologiques, le polar américain n’en reste pas moins le plus juste reflet de ce pays bouillonnant. Des films comme «The getaway» de Peckinpah, «Les flics ne dorment pas la nuit» de Richard Fleisher, «Mean Streets» et «Taxi driver» de Scorsese, «Serpico» de Lumet, «Conversation secrète» de Coppola ou «Un justicier dans la ville» de Michael Winner sont de terribles réquisitoires sur la dégradation de la société. Mais n’était-ce pas non plus le cas. de «Scarface», des «Anges aux figures sales» ou du «Facteur sonne toujours deux fois » ? Il ne vous reste plus qu’à enfiler votre imper kaki, à rabattre les bords de votre feutre sur vos yeux, allumer une cigarette blonde, vous servir un scotch et vous caler face à votre télé, avant de vous préparer une belle nuit blanche au pays du film noir. Une fois encore, comme l’a écrit Ryerson Johnson dans la préface de l’un de ses polars, «un gars s’amène vers vous les mains vides. Il n’a pas l’air en rogne, ni rien. Il ne fait pas le plus petit geste de menace. Eh bien, il n’y a rien de pire !» Lazure a la cote. Inconnue au bataillon il y a moins d’un an, la voilà propulsée au rang de convoitise sucrée que plusieurs metteurs en scène s’arrachent. Bientôt, nul ne sera sensé ignorer les péripéties qui ont conduit sur les rives de la Seine cette ex-étudiante en psychologie à Montréal ; on est prié de ne pas oublier l’épisode new-yorkais qui voit Miss Lazure fréquenter le Tout-Manhattan branché plus quelques personnalités appartenant au monde du cinéma. Retour à Paris où elle devient mannequin, histoire de se mettre quelques sous de côté. L’expérience n’est pas des plus concluantes car outre le fait qu’elle n’atteint pas le niveau de top model, notre héroïne, toujours aussi imprévisible, quitte son agence en claquant la porte. A quelque chose caprice est bon puisque ce départ précipité marque les timides débuts de Gaby Lazure sur les écrans français. Après une timide incursion à la télé, elle hérite de petites participations dans deux coproductions internationales tournées dans l’hexagone. Son premier rôle important, elle le trouve dans «Le prix du danger» d’Yves Boisset où elle y est la tendre moitié d’un Gérard Lanvin marathon man de choc. Qu’importe si elle passe les trois quarts du film à pleurnicher, le fait est qu’on la remarque. Elle enchaîne ensuite coup sur coup «La Belle captive» d’Alain Robbe-Grillet et «Sarah» de Maurice Dugowson, deux films au ton radicalement opposé, mais qui la font connaître du public. Miss Lazure en profite pour se lancer à la conquête des médias, affichant sa frimousse et ses pensées profondes à longueur de magazines. Qui donc songerait à se plaindre de l’hégémonie Lazuréenne ?

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