septembre 2014 archive

Manège à trois

Ils peuvent faire bon ménage, les trois standards Secam, Ntsc et Pal. Et offrir ainsi la possibilité de multiplier le rêve par trois. Un téléviseur, un magnétoscope, des vidéocassettes superbes et inimaginables, on vous convie à un petit voyage au pays des multistandards. Et en prime, nous vous offrons une carte des systèmes et normes de télévision dans le monde, encartée dans un cahier de 16 pages, agrémentée d’un glossaire de la vidéo et de bien d’autres renseignements. Mr T, le magnifique et méchant colosse noir à la coiffure da Huron, esquive une droite, se courbe légèrement et décoche à Rocky Balboa un terrible coup au foie, aussitôt suivi d’un uppercut à rendre sourd un rhinocéros. Quelle scène et quel match. Voilà trois fois que ce passage du film «Rocky III (œil du tigre)» défile sur le téléviseur. Non, non, rassurez-vous, ce n’est pas une cassette pirate, mais bel et bien un produit manufacturé, dédouané, légalisé. Un film que tout le monde peut aller, aujourd’hui ou demain, acheter dans les vidéoclubs spécialisés. Importés des Etats-Unis ou d’Angleterre, il en va ainsi pour quelques centaines de titres, de «Mad Max II» à «Creep-show», en passant par «Blade runner», «Cal people», «Y’a-t-il enfin un pilote dans l’avion ?», «Rambo», «Officier et gentleman», «Victor et Victoria», «Halloween III», etc. J’en passe et des meilleurs. Des films qu’on vient à peine de voir sur les écrans. Et que des millions d’Américains (les veinards, ils n’ont pas à subir cette stupide loi du délai d’un an entre la sortie d’un film et sa commercialisation en cassette) peuvent louer ou acheter librement. Mais ici, en France, que faut-il faire, que faut-il avoir, si on est un fou de la vidéo et que l’on veuille aussi bien que n’importe qui, pouvoir accéder à ce catalogue de privilégiés. Tous ces films importés sont destinés aux personnes équipées de magnétoscope et téléviseur capables de lire et/ou d’enregistrer les trois systèmes de couleur existant dans le monde : le Secam (Séquence de couleur avec mémoire) système de télévision couleur normalisé utilisé en France et dans d’autres pays. Le Pal (Phase altération line) adapté par l’Allemagne où il a été mis au point par l’ingénieur Walter Bruch et la société Telefunken. Et enfin, le Ntsc (National télévision-standards commitee) qui couvre essentiellement les Etats-Unis d’Amérique du Nord, le Japon et d’autres pays. Autrement dit, si de retour d’Amérique, vous avez rapporté avec vous une vidéocassette, sachez que pour pouvoir la visionner vous devez avoir un magnétoscope capable de décoder cette cassette dans son système, ainsi qu’un téléviseur conforme à ce système.Manège à trois Par ailleurs, si vous êtes un frontalier d’un pays européen (la France est la seule en Europe de l’Ouest à utiliser son propre système : le Secam) il vous faut pour lire comme pour enregistrer des émissions étrangères, au moins un équipement (magnétoscope-télévision en Pal), avec pour ce dernier un tuner à la norme B ou G si vous habitez près des frontières allemande, italienne ou suisse, et norme I pour enregistrer les émissions du Royaume-Uni. Ces équipements existent en France, ils sont désignés sous le terme, de bi ou tri standards (le mot standard, désigne à la fois la classification des magnétoscopes à cassettes, selon la largeur de la bande utilisée, le système d’enregistrement et les caractéristiques des signaux). Comme on le voit, il n’y a pas plus d’harmonie en la matière qu’il n’y en eut naguère pour tomber d’accord sur un standard commun aux magnétoscopes. Mais contre mauvaise fortune, bon cœur. Demain avec l’arrivée du satellite, on imagine le bonheur de tous ceux qui se sont équipés de multistandards. Excepté les usagers qui vivent près des frontières, semblerait que les adeptes des «multi» se recrutent dans leur majorité parmi les premiers mordus de la vidéo. Et même s’ils ne représentent que quelques pour cent parmi vidéophiles aujourd’hui, leur club a tendance à s’agrandir. Les deux responsables des deux vidéoclubs parisiens spécialisés dans l’importation de vidéocassettes américaines : Marcel Benbassat de Champs Disques (600 titres en Pal et Ntsc) et Pierre Buisson de Lido. Music (1 millier de Pal et Ntsc) affirment d’une même voix, que 50 % de leur clientèle sont des Français. Il est vrai qu’un certain nombre d’entre eux travaillent à l’étranger et sont d’excellents consommateurs vidéo. Quant aux autres, ils appartiennent à peu près à toutes les couches de la société : des acteurs et chanteurs célèbres aux médecins, cadres et employés, l’autre moitié des consommateurs de programmes en Ntsc ou en Pal sont en majorité des Arabes, qu’ils soient du Moyen Orient ou d’Afrique du Nord, ce sont de gros acheteurs de vidéocassettes. Ils préfèrent en général s’approvisionner en France où il semblerait qu’ils aient plus de choix dans les films qu’aux Etats-Unis moins ouverts aux productions (il s’agit de films en l’occurrence) européennes. Contrairement aux idées reçues, le prix d’une cassette importée ne revient pas plus chère_ à la vente que celle d’une autre dupliquée en France. Il arrive même souvent que le même film soit plus élevé pour une vidéocassette «française» qu’une étrangère. Le prix varie de 700 à 1 200, 1 300 francs selon le film. Et cela malgré les différentes charges dont elles sont l’objet (TVA + frais de dédouanement). Quant à la location de ces vidéogrammes, si Pierre Buisson l’exclut comme tout l’ensemble des titres qu’il a à Lido Music, Marcel Benbassat de Champs Disques risque de l’envisager si la conjoncture (des multistandards) le permet. Et là encore, il serait bon de détruire d’autres idées toutes faites. La différence de prix entre un magnétoscope Secam et un tri standard est moins élevée qu’il n’y paraît. Elle se situe selon les modèles de 1 000 à 1 500 francs. Elle est néanmoins plus importante sur les téléviseurs : de l’ordre de 2 000 à 3 000 francs. Que vous désiriez changer votre équipement ou en acheter un neuf, assurez-vous néanmoins que le tuner de votre futur magnétoscope soit bien aussi dans la norme L du Secam : (en plus des normes B, G ou I, selon le pays frontalier). Autrement vous ne pourriez enregistrer les émissions de la TV française. Bien qu’il existe un moyen qui consiste à brancher la prise de péritélévision sur la sortie vidéo d’un téléviseur multistandard dont le tuner serait multinormes. Alors, «Rocky» ou «Mad Max», «Poltergeist» ou « Bladerunner», le royaume des images est là qui vous attend, pour quelques nuits blanches de cauchemars ou de rêves. Sauriez-vous y résister encore longtemps ? Et le voulez-vous vraiment ? Si c’est non, l’entrée est par ici, messieurs dames, pour le club des cinglés de la vidéo.

Ondes de choc sur les prix

Sait-on jamais. Avec un peu de chance, les noms des gagnants du grand concours de la FM seront publiés dans le Journal Officiel avant le 10 mai. Enfin ! Le phénomène des radios libres a explosé depuis maintenant deux ans, à la faveur d’un retournement de veste de l’électorat. Les autorités ont mis beaucoup de temps à le digérer et à le réglementer, sans toutefois le maîtriser. Heureusement, elles n’ont pu ni le contrôler, ni le freiner. Les résultats de la première enquête du Cesp pour 1983 le prouvent. Ils confirment la poussée des radios locales privées, comme on dit. La catégorie qui les réunit avec Sud-Radio et avec toutes les stations FM de Radio France et de RMC obtient 20,9 % en audience cumulée, contre 17,7 % en novembre 1982. Soit plus de 8 millions d’auditeurs. Tous les chiffres (quart d’heure moyen, durée moyenne d’écoute, etc.) concordent. La hausse est très nette. A force de minimiser l’impact de leurs concurrents et de se moquer de leur non-professionnalisme, les vieilles grandes ondes enregistrent une désaffection d’une bonne partie de leurs «chers-z-auditeurs ». Le processus est enclenché. Rien ne l’arrêtera. Même pas l’absence de publicité. C’est un coup bas du gouvernement, mais la pub est paraît-il suspecte. Alors on l’interdit, tout en autorisant les pots de vin. Ne fermons pas les yeux, les stations doivent survivre. Et toutes les ficelles sont bonnes à tirer. Aux Etats-Unis, on retire une licence d’émission pour moins que ça. La récente campagne pour les municipales a positionné ces nouvelles antennes non homologuées légalement comme des médias à part entière. Et ce malgré les cris de « halte à la concurrence sauvage » de certains. Des clubs de la presse et l’association des journalistes sportifs refusent ainsi aux nouveaux le statut de collègues. C’est mesquin. Mais trop tard, les politiciens professionnels n’ont pas ce genre de réticences. Ni aucune morale d’ailleurs. Des cellules régionales ou locales de tous les partis ont offert, à certaines radios, des sommes rondelettes pour faire parole-basse sur leurs informations. prixDans la région de Rouen, les enchères sont montées à 500 000 F. Et en liquide. Des stations ont refusé, quelques-unes non. Municipales toujours, mais cette fois on inverse les rôles. A Montpellier, une station a réclamé 4 000 F à chaque candidat pour le faire bénéficier d’une interview. Pour les frais divers, sans doute. Tricher n’est pas jouer. Mais sans sponsors, il est difficile d’exister et de continuer. Loin des petites magouilles de la politique, les animateurs, qui ne bénéficient pas du soutien d’un parti, d’une municipalité, d’un syndicat, d’une mutuelle, d’un lobby religieux, d’un journal ou même d’un mécène, en sont réduits à frapper à toutes les portes ou à combiner des montages plus ou moins complexes. On prétend dans les couloirs des maisons de disques et dans les allées de la FM que la plus tonique des radios disco parisiennes est payée pour la diffusion de certains disques. Cette forme de dessous de table existe des producteurs l’ont rencontrée. A Paris et en province. Dans la région de Tours, c’est une banque nationalisée qui a offert la belle voiture émettrice qui fait la fierté d’une station. Conséquence, celle-ci a créé une nouvelle émission. Elle s’adresse au monde rural. Inutile de vous préciser la nature des conseils et des propos de la rubrique économique, même si le nom de la banque n’est pas mentionné. Ailleurs des publicités se déguisent avec le costume «infos locales». La méthode n’est pas très crédible, ni discrète, surtout lorsque l’animateur de service toussote systématiquement avant chaque spot, pardon bulletin. Histoire de lancer un clin d’œil sonore, peut-être ? Des messages trop voyants ont placé des candidats à la dérogation comme Radio Vallée de Seine et Béarn n° 1, dans le clan des exclus. Le groupe publicitaire NCK, lui, pratique déjà la prospection pour ses clients par voie de courrier. Quant à l’apéritif Get 27, il organise un grand prix de la radio libre qui porte son nom. Pour y participer, chaque candidat doit diffuser plusieurs fois par heure un indicatif fourni sur cassette. Il annonce évidemment le concours avec une mise en valeur de la marque qui le sponsorise. C’est ingénieux. Pour l’instant la haute autorité ferme les oreilles. Elle ajoute ainsi un peu de confusion à celle qui agite déjà la FM. Il devient difficile de tracer la frontière entre une certaine forme de publicité et un type de mécénat. Toutes ces confusions, toutes ces magouilles n’améliorent pas la qualité des émissions. A Paris, la FM ronronne ou se saborde. L’élan et l’originalité des débuts ont disparu. Le bénévolat a usé les troupes. Cette stagnation devrait se dissiper dès que les mariages obligatoires seront consommés et les programmes parfaitement structurés. Et surtout dès que la situation légale sera enfin éclaircie. C’est la prochaine étape.